Poème d’un lecteur de « La Vie »
LE VITRAIL
Morceaux de verre
Morceaux de verre orange, peut-être jaune
Morceaux de verre bleu ou bien rouge.
Bleu clair, bleu gris, bleu foncé presque nuit.
Rouge vif comme le fruit mûr, rouge sombre, robe des vins chargés de tanin ; sombre jusqu’à ce rouge brun, celui du sang séché.
Rouge superbe de la rose symbole des serments amoureux, rouge qui de nuance en nuance me conduit au rose de tes lèvres.
Rose discret de la fleur d’églantine.
Ce matin, je devine le soleil se lever, j’aimerais gravir le coteau pour y admirer l’évènement.
Il est plein Est. Plus au Nord, tous les gris glissent vers des bleus pâles puis plus précis.
Partant du Sud, ce sont les violets qui se teintent de rose. Se modifiant ils courent vers les rouges, les orangés. Ceux-ci s’approchent de l’Astre pour finalement s’y confondre.
Le soleil joue avec l’humidité de cet air matinal. Il s’amuse de ces éclairages. Il met en valeur les verts de campagne. Ces verts changeants marquent le rythme des saisons, sans comprendre l’alchimie qui les transforme. Je les imagine virer vers les jaunes et même devenir or, signe du temps de la moisson.
Assis sur mon banc, j’admire, devant moi ces vitraux. Des barrettes de plomb assemblent les découpes de vitres. Ici, l’artiste a eu l’intuition géniale d’insérer parmi les couleurs, quelques morceaux de vitrage noir.
A son habileté, à sa créativité il faut que vienne s’associer l’abondance de la lumière pour que l’ensemble prenne vie. Alors, chaque élément laisse transparaitre le rayon qui le traverse, offrant au regard la note colorée qui lui est essentielle. Immergées dans ce foisonnement lumineux, les parcelles de noir participent à l’œuvre.
Nos vies nous semblent parfois morcelées, puzzles insensés,
Eléments clairs, trop fugitifs à nos goûts
Eléments sombres sans intérêt, sombres jusqu’au noir de la nuit.
Certains soirs on voudrait tout oublier
Certains matins, on voudrait tout balancer
Et si nous ne rejetions aucun de ces bouts de vie
N’en rejeter aucun ?...
Tous les confier à l’Artiste créateur.
Composant avec nos lourdeurs aussi pesantes que les barrettes de plomb.
Saura-t-il harmoniser, transfigurer l’ensemble de ces parcelles de vie ?
Saurons-nous être sensibles à cet inattendu où le noir, baigné de clarté, trouve un sens.
Regarder, contempler,
Saurons-nous ?
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